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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 14:32

Ce livre a été écrit par deux auteurs : un vietnamien Tran Tu Binh et un français Eric Panthou.

Tran Tu  Binh était un coolie employé dans la plantation Michelin de Phu-Riêng . Pour avoir dirigé une révolte , il a été  condamné aux travaux forcés au bagne de  Poulo Condor puis ensuite grâcié  par Léon Blum en 1936. Il fut un membre important  de la Révolution vietnamienne  contre la France puis contre l’Amérique. Eric  Panthou est un historien français.

Ce livre présente un double intérêt. Il fait connaître  les conditions de travail  dans les plantations d’hévéas du Vietnam et il montre la différence entre le récit subjectif d’un coolie qui a souffert de la colonisation et le récit  objectif d’un historien français relatant les mêmes faits sociétaux en utilisant les rapports français , les textes vietnamiens et anglais .

Le travail dans  ces plantations était dur. Il fallait abattre les arbres de la forêt, arracher les souches, défricher le terrain avec des outils rudimentaires : les pelles et les pioches. Et cela dix heures par jour  à un rythme accéléré. Les travailleurs étaient surveillés par des caïs (contremaitres) qui injuriaient , pratiquaient des retenues sur le salaire ,bastonnaient les coolies et parfois les condamnaient  à la barre de justice . C’était une suspension , poingts liés à une barre.

Quant aux salaires , celui d’un coolie  était quinze fois plus faible que celui d’un employé chez Michelin à Clermont. Le directeur gagnait  autant que 4500 coolies . Pourtant les deux plantations rapportaient   plus que l’usine de Clermont.

On comptait  17% de morts  parmi les travailleurs . Les causes étaient multiples : le paludisme, le travail trop pénible, les mauvais traitements (bastonnades) et les suicides .  Tran  Tu Bing  disait c’est « l’enfer sur terre.»

Ces dures conditions de travail entraînaient  des révoltes. Les coolies revendiquaient  l’arrêt des violences, l’arrêt des retenues sur salaires (Michelin fut le dernier à l’accorder),une journée de 8 et non  pas de  10 heures. Il y avait aussi des fuites de coolies, environ 20% chez Michelin ; des contrats non renouvelés. Tout cela a conduit à un mouvement révolutionnaire généralisé, notamment la  révolte de  Phu Rieng . En 1927 les coolies tuèrent un surveillant français Monteil et  craignant la répression, les insurgés fuirent dans la forêt mais ils furent  abattus presque tous . Tran Tu Bing  fut condamné à 5 ans de bagne. En 1930 le soulèvement se généralisa  et de nombreux coolies furent tués. Le colonialisme  avait engendré une conscience de classe qui incita les combattants à lutter pour l’indépendance de leur pays .

Il  existe de nombreuses différences  entre les deux récits. Tran Tu Bang relate des  faits vécus qui  ont eu lieu dans les deux  plantations Michelin de douze km carrés . Eric Panthou dans un souci d’objectivité affirme que la nourriture était suffisante :800 g de riz par jour alors qu’Alexandre  Varenne ,  gouverneur d’Indochine ne prévoyait  que 700g  . D’autre part, il faut dire que les femmes étaient uniquement employées à des travaux féminins comme la cuisine , elles n’allaient pas dans la forêt. Si elles étaient enceintes , elles étaient affectées  à des rôles de gardiennes . Il faut reconnaître aussi  que Michelin a lutté  contre le paludisme  par des drainages  couverts et  le port de jambières pour les coolies. Il y avait aussi  un hôpital . Michelin a respecté les croyances. Il a fait construire  une église mais aussi une pagode . Certes le nombre de décès était élevé 17% chez Michelin mais il n’était  heureusement pas plus important que dans  d’autres sociétés .Une troupe théâtrale avait été créée , c’était une façon de lutter contre l’alcoolisme, et les jeux qui ruinaient les travailleurs entre eux .

Cependant ,la responsabilité de Michelin était engagée dans un certain nombre de cas. Il avait acheté à bas prix, à l’Etat français des terres spoliées à la population locale. Il aurait pu employer des tracteurs. Ils existaient à cette époque. Mais il préférait  utiliser la force des coolies qui coûtait moins chère. Michelin faisait signer des contrats à des hommes  qui ne savaient pas lire le français et qui ainsi acceptaient la clause de rupture de contrat prévoyant jusqu’à trois mois d’emprisonnement et 25 piastres d’amende, ce qui était énorme . On ne peut pas penser que Michelin n’ait pas connu les mauvais traitements infligés aux  coolies sur ses plantations.

L’exploitation  de l’hévéa « arbre à caoutchouc » s’est faite  par l’exploitation du peuple  vietnamien. C’est une période noire du colonialisme.   

 

 

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